Groenland… la suite!

9 août 2018

Finalement le vent est tombé, finalement le calme prend place, il nous amène un beau crachin avec un brouillard londonien et 6 petits degrés. Le village est redevenu silencieux, les icebergs ont pratiquement disparu, seul le « smiley » surnommé ainsi par les jeunes, est encore ancré sur un haut fond. Par contre son arc de triomphe a volé en éclat, l’explosion fût si forte que même la cabane a tremblé.

 Depuis hier à deux pas de la porte, une chienne vient de mettre au monde 6 chiots. Un acte de survie terrible, la mère offre toute son attention à ses boules de poils, je me demande combien survivront…

 Le capitaine du drakkar noir, mon invité, c’est le surnom qu’il aura pour son séjour ici, commence à prendre ses marques. Il a croisé en coup de vent mes stagiaires qui ont compris que mon hôte était un grand personnage, son groupe financier est depuis un an le mécène de mon association. Cet homme de la finance suisse n’est pas venu en touriste mais pour m’épauler dans ma tâche de restauration de la maison perdue. Muni d’une classique salopette bleue, depuis 2 jours, il décape toute les huisseries de la maison, un travail de fourmi nécessaire pour repeindre les fenêtres qui depuis quelques décennies souffrent des bises polaires. Chacun de notre côté nous travaillons, de temps à autres nous échangeons, mais l’endroit ne laisse pas place au discours inutile, n’oubliez pas que nous sommes au pays du silence.

 En fin de matinée, un homme franchi le pas de la porte ; mon pôte Brieuc, vient me dire au revoir. Je le sens moins « déconneur » que d’habitude, il vient juste me prendre dans ses bras, dans quelques minutes il part avec son équipage du voilier Akta vers la grande route du passage du Nord-ouest. Dans son accolade je sens une immense émotion, un immense soupir. Je lui souhaite bon vent, la route ne va pas être facile mais une bougie brûlera, pour lui, pour ses coéquipiers, pour son rêve. Ils devraient rejoindre l’Alaska courant octobre…

En fin d’après midi « mon » capitaine me fait une petite frayeur, il demande à s’allonger rapidement, la vie est austère ici. On dort à même le sol dans une maison poussiéreuse en chantier. Ce petit coup de moins bien m’inquiète un peu, après coup il revient à lui, je vais lui faire prendre l’air, une excuse pour aller chercher le diner. Nos grosses combinaisons de mer enfilées, nous prenons le large pour une partie de pêche. Le moteur coupé nous sommes dans un silence indescriptible. Pas la moindre ride, la mer est lisse. Des icebergs entonnent leur explosion, nous guettons aussi les baleines, avant-hier au même endroit une est venue à 5 mètres à la proue d’Ifaraq. Une grosse étoile de mer se fait piéger, puis ce sera au tour de quelques scorpions de mer que je relâche aussitôt, et enfin deux grosses et grasses limandes vont venir diner avec nous.

Nous prenons le chemin du retour par le chemin des écoliers, la vie est simple ici, très simple. Bien sûr le confort manque, bien sur que les facilités du sud nous sembleraient divines mais on ne peut pas tout avoir dans la vie, alors nous prenons en pleine face cet air de liberté.

Dans nos assiettes le poisson nous rassasie, le dialogue commence, nous savons que nous sommes chanceux d’être où nous sommes. La rusticité du lieu a fait fondre le superficiel, et l’homme de la haute finance se confie au nomade du grand Nord. Les courbes du CAC 40 n’ont plus trop leur place ici, nous causons de la vie, la vraie celle qui fait vibrer, celle qui te rend Homme, qui te rempli de doute sur son devenir futile et superficiel. L’argent, la différence sociale volent en éclat, c’est ça la magie du Grand Nord.  Nous échangeons nos rêves, il me souffle les siens, je lui cause du petit papillon qui remplit mon cœur, mon âme.

Ce soir là haut au pays de nanoq deux hommes ont oublié pour un instant qu’ils n’étaient que des mortels, parole, à un moment on s’est crus immortels…

Lundi « mon » Dume arrive, là ca va être encore un grand moment …

Ps :BTAPP

 

Takuss les 6!

5 août 2018

Reveil à 5h, le soleil et les moustiques sont déjà au rendez-vous, la belle équipe doit démonter le camp, le départ est fixé à 8h30. Les yeux vers le large, je vois, je sens le vent, le bateau est petit, je croise les doigts ! Au départ l’émotion est palpable, le village est endormi, seule Ingrid est au rendez-vous d’adieu. Cette jeune femme est touchée par le groupe, sa vie est sur un fil, malgré son cancer elle guide encore un groupe de kayakistes en baie de Disko. Nous lui envoyons toute notre énergie, Ange-Paul et Marion s’en sont sortis, on sait qu’elle aussi… Au mois de septembre elle repart au combat contre sa maladie… Allez visiter sa page Face Book Ingrid Ulrich, sa volonté et sa rage de vivre sont impressionnantes!
Nous voilà partis, le village d’Oqaatsut est dans le sillage du vaillant Ifaraq, le vent de terre est virulent, il me faut jouer l’indien pour être en toute sécurité. Nous frôlons la côte, la brise a chassé les icebergs, la mer est libre de glace mais les moutons annoncent une traversée musclée. Pas un mot, pas un geste, les 6 le savent, c’est leur dernière heure au pays du silence. Je me demande se qu’il se passe dans leur tête. Je croise les doigts en douce, au bout du promontoire le port est en vu, ouf nous y sommes.
Tous va très vite : un taxi est là, un autre pas loin, nous filons au bout des 3 petits kilomètres de route unique d’Ilulissat à l’aéroport. Patrick à l’aller a perdu sa carte d’identité, j’espère qu’il va tout de même embarquer avec son permis de conduire, là aussi ça passe ! Les bagages sont enregistrés, il est temps de se dire « takuss ». Chacun à sa part d’émotion, tous m’embrassent, tous me regardent droit dans les yeux, je sens de la fierté, chacun a réussi à trouver de nouvelles limites.
Mes derniers mots ont été : « Bravo les jeunes, vous avez découvert de nouvelles limites, vous avez compris que c’était possible. Quand les « autres » parlent, vous, vous agissez. Quand les « autres » vous disent attention, vous, vous avez déjà dépassé le danger. Avant que vous partiez, je veux juste vous dire que je suis fier de vous. N’oubliez pas que vous devez vous bouger les fesses, ne jamais lâcher, croyez en vos rêves ils vous appartiennent, la vie ne vous attend pas, elle se moque de vos bobos, alors foncez même si vous boitez… »
Un peu ému, l’aventurier à cloche pied ! Je saute dans un taxi pour rejoindre la ville où je dois faire mes courses, ce soir à la cabane leurs rires me manqueront. Par moment je sais que je n’ai pas été tendre, pas conciliant du tout, mais c’est ma marque de fabrique, c’est ma manière de transmettre. Il faut bosser pour y arriver, les mous ne s’en sortiront jamais et ça je crois qu’ils l’ont bien compris.
Depuis mon arrivé à Oqaatsut, un immense iceberg est scotché devant la cabane, une de ses immenses veines de glace lui donne un air souriant. Nous l’avons baptisé  «smiley », promis les jeunes je vous donnerai de ses nouvelles, le jour où il commencera sa longue route je vous tiendrai au courant, je sais que tout au long de son voyage il se souviendra, qu’un jour dans un village groenlandais une bande d’abimés de la vie avait trouvé une belle excuse pour vivre coute que coute…
Mon hôte arrivé cette nuit sera mon binôme cette nuit. Furtivement ce matin il a rencontré la belle équipe, il a été très touché. Lui aussi a perdu son bagage, décidément cela devient une tradition d’Air Greenland…
Jusqu’au 30 aout je serai au pays d’Apoutsiaq mon journal de bord vous sera confié. Pensées polaires, philosophiques, rencontres, introspection, rêves de papillon, projets, écriture, encore quelques beaux jours pour être un Freeman plus que jamais…
PS : BTAPP
A pluche!! 

Dernier jour…

4 août 2018

Il y a des moments qui restent gravés dans la vie de tout un chacun et hier soir en fait partie. La toute petite église protestante d’Oqaatsut s’est transformée hier en salle initiatique où le chamanisme nous a transporté dans un autre monde. Un groupe d’hommes et de femmes sont venus présenter leurs rites, leurs croyances, leurs origines. Nous étions les témoins d’un moment de grâce. Chant guttural, où le vent de la toundra se fait entendre, où les pas du grand nanoq nous ont fait frissonner, où les aurores boréales nous ont enveloppé de tendresse, où les qivitoqs (esprits malfaisants) sont venus nous conter légende. Nous en sommes sortis bluffés et conquis, les anciens du village nous regardaient en coin, je crois qu’ils nous apprécient…

Ce matin le vent a encore pris de la force, la bise est vraiment forte, autour du poêle à pétrole un petit déjeuner copieux réchauffe ma belle équipe. La pluie omniprésente nous prend en otage alors nous  décidons d’orner le grand mur blanc de quelques étoiles. Nous, les mutilés de la vie nous sommes des lumières filantes rescapées du big bang. Alors chacun a dessiné son étoile avec son verbatim. Encore un bon moment d’émotion et de tendresse.

Puis je dois mer remettre à chercher la solution pour ma cabane qui n’est pas encore électrifiée. Mais ici tout est compliqué… Le responsable de la « technique » parait motivé pour m’aider; il appelle Ilulissat qui bascule à Nuuk la capitale pour revenir à Ilulissat où d’après une dame, ma maison n’existe pas… Mdr ! Ma maison étant à deux pas de la salle communale qui est toujours fermée, je me dis qu’en tirant des rallonges ( ramenées de Corse) je pourrai être sauvé… On me promet que lundi se sera arranger!
Immaqa! (peut-être!)

Pendant mes démarches, les filles se lancent dans la cuisson d’une belle pile de crêpes, avec le froid de canard qu’il fait dehors tout le monde est d’accord pour les engloutir. Nous sommes vendredi et  ce les douches communales seront fermées tout le week end, alors nous en profitons pour un décrassage bien mérité.

En plein milieu du golfe, La Louise, belle goélette du fameux marin Thierry Dubois, est solidement ancrée face au vent qui ne faibli toujours pas. Nous sommes très chanceux; il nous invite à bord pour une visite guidée. Le voilier est tout simplement somptueux, du long de ses 19 mètres il est taillé pour les mers polaires et peut accueillir à son bord 8 invités. Thierry nous parle de son parcours hors norme de régatier. Il a participé à 2 Vendée Globe Challenge et a subi un naufrage à 3000kms au sud de l’Australie tout prês des côtes d’Antarctique. Sa vie est aventures et découverte de nouvelles limites, je sens mes stagiaires très très attentifs, ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre des légendes de la mer. Alors que nous parlons de la navigation au Groenland, un grand boum nous interpelle. Mon pote Steen nous appelle, il est sur une embarcation, je n’en crois pas mes yeux! C’est mon petit bateau Ifaraq qu’il vient de récuper sur la berge, mon aussière, par les coups de boutoirs dus au clapot, à cédé ! Il monte à bord avec un grand sourire, les qujanaqsuaq (merci beaucoup) sortent en boucle, le sauveur a été sauvé ! Il est temps de rejoindre la terre ferme, nous échangeons nos contacts, je crois qu’une belle histoire entre La Louise et Bout de vie  est en train de voir le jour…

C’est la dernière soirée de l’équipe, demain matin de très bonne heure ils vont devoir démonter leur camp, à 11h « local time » ils s’envoleront pour rejoindre leur famille. En attendant ce soir ils vont avoir la chance de gouter au mataq (peau et graisse) de narval, foie de phoque cru, ammassat séchés, suivis de la soirée chants chamaniques.

A minuit je reprends la mer pour aller chercher un de mes invités qui va continuer à m’épauler pour la restauration de la maison bleue… Encore une sacrée journée…

Un immense Takuss du bout du monde, on vous envoie de la fraîcheur, du silence et beaucoup de sérénité…

PS : BAPP

Victoire!!!!!

3 août 2018

Ici le jour ne se couche que très peu mais les journées n’en finissent plus ! Ce matin froid, brouillard et crachin, l’ambiance est lugubre mais les 4 jeunes sont plus que motivés ! Petit-déjeuner de bonne humeur mais il va falloir faire le briefing de départ. Elisa, Marion, Rémi et Ange-Paul vont relever leur défi ! Je vais les déposer dans un coin perdu entre ici et Ilulissat et par leur propre moyen ils devront rejoindre la maison bleue. Les sacs sont sévèrement contrôlés, couverture de survie, nourriture, briquet couteau, téléphone sat, balise Spot, Gps, piles de rechange et quelques bricoles de survie. Juste avant de partir je leur confie ma canne de marche qui me suit depuis longtemps. C’est un bout d’aulne gravé de « grigris » protecteurs, provenant du camp des solitudes qui peut recevoir à son extrémité un gros poignard sud-africain. Ce prêt est une sorte de bâton relais, je sens en eux beaucoup de fierté dans ce geste. Il est temps de partir, les consignes des soirées passées sont revisitées, le froid les emmitoufle dans leur défi. Nous devons zigzaguer aux milieux des icebergs, le fond du fjord est vraiment encombré. Nous y voilà, une paroi sera notre quai d’adieu. Avec beaucoup de précautions tous la gravissent la route sera plein nord. Les 4 jeunes me disent un au revoir plein de courage, ils voguent vers leur destin à la découverte de nouvelles limites. Debout sur un piton je les vois grimper dans la toundra spongieuse, je leur offre ma confiance, ils vont encore plus grandir. De l’émotion me prend aux tripes, ces 4 gamins ont vaincu des cancers, de terrible accidents, une naissance différente mais de leur souffrance ils en ont fait une force. Dés qu’ils ont passés la crête, je reprend la mer accompagné d’une grosse baleine…
De retour à la cabane je trouve mes 2 autres aventuriers : Patrick au ponçage des fenêtres, Audrey bouquinant près du poêle à pétrole. Je ne cesse de regarder le sud, la pluie redouble, ils vont vivre une vraie belle aventure…
Vers 15h ils arrivent enfin, trempés jusqu’aux os mais si fiers d’avoir réussi! Par moment ils ont dù traverser la toundra avec de l’eau boueuse jusqu’au genou. Le débriefing est simple, ils ont remporté une victoire, la vie est vraiment fantastique!

De mon côté je dois résoudre un problème sur le câblage d’accélérateur sur bateau, ma caisse à outils est plus que basique, Ange-Paul vient m’épauler. Il faut démonter le boitier, mais la rouille bloque les écrous, mais un miracle survient. Au mouillage un magnifique bateau polaire, La Louise, son capitaine Thierry viens vers nous et à trois nous résolvons le problème, le bateau semble avoir retrouvé sa forme… Ce soir nous sommes invités pour une soirée de chants chamaniques, je crois que l’émotion va encore nous coller serrés ! 

A pluche!

En mode machine…

1 août 2018

Ce matin ça pique un peu, le vent est nul il va falloir que le soleil chasse les nuages pour nous réchauffer, à midi grosse canicule 15° à l’ombre ! Si les moustiques perdent un peu de vigueur leur cousins germains sont arrivés les valises pleines de désirs : bouffer de l’estropié! Des milliers de toutes petites mouches qui rentrent dans tous les orifices et qui adorent découper la viande qui leur est offerte, un pur bonheur…. Mais je crois que vous avez bien compris que ces petits détails ne nous touchent que très peu. Ce matin je lance un défi à l’équipe. Puisque le ravalement est totalement fait on va attaquer la peinture de la grande salle qui sert de salon et coin repas. Ange et Rémi vont suivre à la lettre mes consignes, il va falloir aller vite, sans discuter en étant efficace et discipliné. Marion et Elisa sous le contrôle de Patrick auront la tache de badigeonner les portes et Audrey de récurer les caisses de pêche que j’ai trouvé et qui me serviront de tiroir… Une, deux, trois partez! Une merveille de travailler avec ce duo, humour, sérieux et efficacité. De temps à autres la radio groenlandaise nous souffle quelques airs assez fun de musique locale, mais nous restons concentrés. Dehors quelques baleines viennent contrôler les travaux, Jozef veille aussi au grain ! A peine quelques tartines de pain de mie beurrées à midi et nous repartons de plus belle, à 16h la salle est comme neuve. Sol débâché, balayé, lavé au savon et à l’eau chaude, cela est devenu un doux nid qui redonne un bon coup au moral.

Mais comme tous les soirs, nous reprenons les cours. Et oui ici, ce ne sont pas des vacances mais bel et bien de l’apprentissage. Au programme, utilisation d’une carte avec un GPS, fonctionnement d’un téléphone satellite avec la balise de détresse, et plein de trucs et astuces pour survivre en pleine toundra près de rien et loin de tout. Je vous entend marmonner « mais pourquoi » ? Demain, à leur demande, je vais les déposer  en bateau dans le sud du village à environ 15kms près d’un lac.  Seuls, ils devront rejoindre la cabane à pied. La toundra spongieuse va leur offrir un beau cours de vie et comme je le dis en boucle : un souvenir ne s’achète pas, il se vit !!!

A pluche

Ps :BAPP

Froid polaire…

25 juillet 2018

 

Ce matin un froid vivifiant a surpris les travailleurs de la petite cabane. 4° pour les accueillir, le Groenland est une terre de glace et l’été est un moment éphémère qu’il ne vaut mieux ne pas gâcher. Chacun va endosser son rôle de restaurateur en maison en bois. Village dans un coin perdu de la planète, tout est assez compliqué, il faut s’adapter à chaque instant. Pas d’échafaudage, pas de nacelle, ce sera des échelles qui nous permettront de jouer les funambules-peintres !  Les jeunes le savent, ils donnent le meilleur d’eux. La couleur bleue pastelle redonne du cachet à la maison. Du paradis son ancien propriétaire doit être joyeux de voir ces éclopés s’affairant avec autant de cœur. Les mains sont douloureuses, le froid ne les épargne pas. Une pose café nous réchauffe, un échange rapide nous redonne le courage pour continuer. Rémi et Ange-Paul me parlent de leur chéris respectives avec beaucoup d’émotions et d’amour, que c’est beau de voir de si jeunes hommes aussi respectueux et amoureux, cela m’en sale mes yeux de gros dur. Les moignons sont un peu douloureux et tous en cœur ont le même refrain : « la douleur ne nous lâchera jamais, à chaque instant, 24h/24h elle nous accompagne, alors on s’en fout d’avoir mal et tant pis pour elle si on ne s’en occupe pas trop ». Notez ces mots ce sont des leçons de vie qu’ils vous offrent. Tous vous envoient leur « aluu », répondez leur par un beau message, d’espoir, de salutation sudiste, de félicitation, de respect, ils sont jeunes et pourtant ils ont déjà compris le prix de la vie.

Ps : de loin tous mes copains chasseurs marquent un arrêt sur image pour constater l’évolution du chantier

 

 

 

1ère nuit sans nuit!

25 juillet 2018

La nuit ne fût pas si simple que ça, l’équipe des 6 a dû s’adapter au
décalage horaire et surtout au jour en continue. Mais la vie est trop
courte pour se plaindre alors à 7h tapante nous étions autour d’un bol
fumant où chacun racontait sa première nuit polaire. Froid, humidité, sol
un peu cabossé, dormir sous tipi sur un sol en permanence gelé est déjà une
sacrée « aventure »! Le temps nous est compté alors il faut s’organiser
pour ne pas perdre la moindre minute. Chacun va avoir son rôle, les plus
agiles seront en haut des échelles, les autres au sol mais chacun doit
donner son maximum pour la restauration de la maison bleue. Audrey n’est
pas très bien, elle réalise à quel point la vie ici est compliquée, pas de
routes, pas de sentiers, tout déplacement lui demande un effort surhumain…
Alors ce matin elle craque mais retrouve le moral après une bonne grasse matinée!
Tout d’abord, il faut donner quelques coups de marteau pour renfoncer les
clous qui au fil des décennies sont sortis doucement. Puis c’est le passage
du primaire, recommandé par le magasin d’Ilulissat. Le produit est un
saturateur de bois qui le protège. A notre grande surprise, à 14h la maison
en totalité était imprégnée. Puis en gardant l’ordre de progression, les
embrasures des fenêtres et les refends du toit prennent leur couche de
blanc.  Le moment tellement attendu est arrivé; c’est l’essai de la
couleur définitive, qui est bleue glace. L’essai est concluant, la couleur plait à tous.

A 16h je libère tout ce petit monde pour leur première douche depuis leur arrivée!

L’humour, la joie, les blagounettes vont bon train. L’explosion des icebergs qui se brisent donne toujours le
tempo, comment ne pas être contemplatif devant un décor si puissant… Ce
soir je me mets en cuisine, les jeunes qui ont passés la journée au grand air
ont faim. Pas d’écran, de bip téléphonique, eux et le silence. Tout en
mangeant je garde toujours un œil attentif au large, je m’en doutais ! Dame
baleine est venue leur souhaiter bon appétit !!! Quelle joie de voir leur
bonheur, leur étonnement!

Cancer, accident, maladie à la con, tous ont résisté, tous ont survécu… Vive la vie!
 Toute l’équipe va pour le mieux et envoie un grand et doux « aluu » à leurs
proches…
C’est qu’ils en auront des choses à vous raconter en rentrant…

Ils sont arrivés à Oqaatsut…

24 juillet 2018

Aprés deux jours de voyage les voilà enfin arrivés à Oqaatsut. ne leur dites pas qu’ils ont un handicap ou un truc du genre ils sont vivants et c’est déjà un cadeau immense… Au programme vivre dans un village groenlandais de 38 habitants et restaurer une vieille maison. Ce soir comme dîné de bienvenue ragoût de phoque… Vive la vie et merci à tous les mécènes qui grâce à leur générosité permettent à Elisa, Marion, Audrey, Ange-Paul, Remi et Patrick de vivre cette expérience hors norme… Takuss

Préparation polaire…

21 juillet 2018

 

Les jours s’égrainent le blues prend moins de place, s’adapter, il faut que je m’adapte. J’ai un boulot de folie, il faut que tous soit organisé avant que l’équipe Bout de vie arrive. Il m’a fallut trouver le bateau et ici c’est vraiment compliqué. Comment expliquer à un gars d’une autre planète tes exigences, qui sont en premier la sécu de mes passagers. Avec douceur, un tonne de patience, si j’en ai ! J’ai réussi ; le bateau est opérationnel. Mais ce n’est que le commencement, la liste des courses est longue, et à chaque fois il me faut prendre la mer, je dirais plutôt m’esquiver aux milieux des glaces. Le voyage demande une attention stricte, mais entre vous et moi cela me fascine de zig zaguer au milieu de ces colosses millénaires. Aujourd’hui la mer était vraiment chargée, le vent du sud-est avait fait des confettis de glace qui par moment m’ont demandé de stopper le moteur pour trouver le bon trou… Ilulissat le port, une fourmilière silencieuse, chasseurs, pêcheurs se côtoient en silence, c’est super de me voir si bien intégré, des corses unijambistes, « y parait que je suis le seul » !!!

Plutôt que des palabres quand des gars me reconnaissent en guise de bonjour, ils haussent les sourcils et la tête avec un grand sourire manquant souvent de dents. Je suis bien au milieu de ces Hommes, quel courage et dire qu’en bas dans le sud les mectons se prennent pour des marins, les pauvres ! Premier rendez-vous la banque, il n’y en a qu’une ! Mon gros couteau de chasse à la taille je pénètre l’office qui n’a pas de sas de sécurité. La dame me sourit et voyant mes joues et mains rougies, elle me propose en premier un café que j’accepte bien volontiers. Incroyable, elle est pied-nue la guichetière ! Quel beau pays !  Bien que petite, la bourgade qui fait office de capital de la côte nord-ouest du Groenland, est grande et il me faut racler de la prothèse pour acheminer mon matos. Stark le gros magasin de construction m’a préparé mes peintures, encore et toujours des sourires. En taxi je fais un premier voyage pour charger le bateau. A côté de mes bidons gît un phoque, je suis le seul à dégainer un appareil photo pour immortaliser la scène, lui il ne l’est pas immortel ! Puis c’est au tour du supermarché pour la nourriture. Ouf les nouilles chinoises sont là ! Mais j’ai un problème je ne trouve pas de grandes casseroles, je capitule on s’en passera ! Encore un voyage en taxi et me voilà prêt. Mais un hamburger local me tente ! A midi ce sera du bœuf musqué avec des frites mayo, et oui l’aventurier se lâche… Mais je suis comme chez moi ma parole ! Kim et Ringo se mettent à côté et on rigole sans pour autant parler la même langue.  C’est bon le bœuf musqué entre ami… Mais il est temps de reprendre la mer, on ne sait jamais comment évolue la glace. Me prenant pour un indien je me faufile pour rejoindre ma petite maison, aujourd’hui pour fêter ça je vais m’offrir une douche bouillante et laver tout mes fringues qui sentent le renard en décomposition… Ce soir, la cabane bleue est presque prête pour recevoir mes stagiaires qui débarqueront lundi, Immaqa !  Ce week-end je vais m’accorder un peu de baroude en solo, au programme découverte de coins paumés, cueillette d’oursin, pêche à la truite arctique et morue … Si une baleine passe sous l’étrave du petit bateau je lui passerai votre bonjour… Question importante, le petit bateau n’a pas de nom. Aidez moi à en trouver un. Jozef me souffle : crêpes ! Pour un bateau je ne trouve pas ça génial.

 Je me demande comment on peut traduire en groenlandais : petit papillon, je me demande !

PS : Yes mes bagages sont arrivés.

 

Arrivé à Oqaatsut…

18 juillet 2018

 

 

Me voilà installé dans ma maison bleue, mais quel voyage pour y arriver. Je ne parle pas du retard des avions et de mes deux bagages contenant l’essentiel oubliés, non je vous cause de l’arrivée à Ilulissat. A distance j’ai acheté un bateau Poka (conçu pour la glace) avec un 70 cv en très bon état, mais nous sommes au Groenland où les priorités sont tout autres. Arne le vendeur m’avait fait comprendre que le bateau serait à l’eau et testé. Erreur, l’embarcation était encore à terre et avec quelques soucis ! Ici on n’élève pas la voix, on ne cause pas fort, ce sont les silences qui en disent plus que des menaces idiotes. Alors on s’est mis d’accord demain tout sera en règle Immaqa (peut-être). Mais il me faut trouver une solution pour aller au village le seul moyen la mer. Myrtille sur la crêpe l’océan est bloqué par la glace avec un bon brouillard réfrigérant. Bien sur mes affaires polaires sont dans mes sacs qui doivent suivre un jour ou l’autre, la perte de moral commence à prendre un peu trop de place. Sur un ponton du port je reconnais le beau-père de Julien qui ne parle pas anglais ni même le corse, bizarre non ? Mais il comprend mon baragouinage et appelle sa fille Charlotte épouse de Julien ; ouf il est en route pour leur course et pour me récupérer. J’en profite pour faire quelques emplettes. Des visages me causent, des kutaa (bonjour quand on ne s’est pas vu depuis longtemps) fusent : Fari, Kim, Ringo,Brita et même Ben et Eric des guides de kayak. Mais ma tête n’est pas à la conversation, le manque de sommeil, le froid (je suis en t-shirt avec un coupe vent), le gris et tout le reste me mine : « mais qu’est ce que je fous là alors que je pourrais papillonner sur mon île » ! Julien arrive, il m’embarque, il n’a pas reçu mon message et n’a pas mes fringues polaires, juste une combinaison de pêche trempée ! On s’adapte, on sert les fesses et nous voilà parti. Le petit bateau cherche son passage au milieu des icebergs et dérivés ; les coups de boutoir sur la coque me glacent, nous n’avons pas de gilet de sauvetage et la côte est bien loin. Je ne sais plus combien d’heure mais j’ai du chercher loin pour ne pas tomber dans les pommes. Le froid polaire, je l’avais oublié mais lui se souvenait bien de l’écervelé qui joue régulièrement le dur avec lui et parole il m’a pris dans ses bras. Tremblant de la tête au pied je file à la maison qui n’a pas été chauffé depuis 10 mois, une sorte de congélateur géant. Rien n’a bougé ou presque ; je fais le tour et trouve enfin des affaires chaudes, je mets tous ce que je peux et retourne chez Julien. Les trois enfants viennent de recevoir un colis de leur grands-parents vivant en France, il faut voir la joie que cela leur procure, le chauffage, le thé, une belle famille devant moi, l’émotion me prend aux tripes j’ai les yeux qui rougissent, je suis cuit, mes nerfs se relâchent. Là-bas au mouillage le voilier polaire Akta, le brouillard et la glace rendent la baie un peu triste. Je retourne chez moi avec un chauffage au pétrole d’appoint, ce sera mieux que rien, je grignote mais rien ne passe, la tristesse me submerge, la fatigue, le contre coup du départ, la crasse du voyage, ma chérie qui me manque… Ce sera une soirée noire malgré une nuit qui ne vient jamais sous ces latitudes. Puis j’entends rentrer, Steen vient me saluer et m’invite pour un kaffimiq. Il vient d’être grand père, sa joie cache aussi de la tristesse. Devant un breuvage brulant nommé café, et un gâteau vert fluo, mon pote chasseur m’annonce la mort subite de sa sœur le 25 dec dernier. Elle gérait la superette du village, avec beaucoup de pudeur il m’a dit quelle a rejoint son père. Mais ici on ne s’éternise pas avec la mort, elle est présente à chaque recoin, le froid, l’iceberg qui te submerge, l’isolement de la nuit qui rend dingue, la mort est là, donc ils gèrent. Puis pour casser la tristesse, le petit passe de bras en bras son nom est « homme valeureux », cela lui promet un bel avenir. Puis tout sourire Steen me montre une immense coupe, il a été sacré champion du Groenland en course de chien de traineau. Mes yeux se ferme, je rentre tout doux à la maison avec une brouette d’eau potable pour la vaisselle, il est temps que je rejoigne mon sac de couchage…

4h du matin local, je sors du coma, je n’arrive plus à dormir, mon tel vibre, un message d’amour me met en état de grâce, le sang revient dans mes veines, ma tête à moins le tournis, mais c’est que je suis vivant alors ! Je profite du silence intense et incroyablement apaisant pour faire une balade. Les Icebergs pètent à tour de rôle, la marée est basse, je contemple la mer de Baffin, qu’est ce que c’est beau, qu’est ce que c’est puissant. Puis je me rends au cimetière, je retire ma chapka et improvise une prière pour Anne-Marie, je reprends mon tour… Il est temps de rentrer pour le petit déjeuner…

Je vous embrasse du fond du cœur…